De la compassion pour la haine?

Mes amis, je vais vous demander du courage.

Imaginez-vous passer un peu de temps à regarder la télé, les infos…

Un sentiment vous envahi doucement. Votre gorge se serre. Vous respirez un peu moins bien. C’est la peur. « Le terrorisme, le chômage, les cancers, les catastrophes naturelles… » Votre esprit se focalise. Vous n’arrivez plus à éteindre.

Un deuxième ressenti apparait quand finalement vous éteignez. Une sensation de chaleur qui monte. Vous vous sentez plus fort. C’est la colère. Vous pensez : « Tous pourris, corrompus, l’inflation, les arnaques… »  La colère rétrécie sans que vous ne vous en aperceviez votre espace de réflexion et vos pensées deviennent des certitudes. Cette peur et cette colère font émerger une nouvelle pensée : « les autres ». Sans eux tout irait bien.

Puis vous vous réalisez ce que vous êtes en train de penser. Et un malaise vous gagne. La honte. Vous savez bien que vous ne devriez pas penser comme ça.

Vous vous connectez à internet pour chercher à comprendre, suis-je seul à réagir comme ça ?

Et vous observez 2 choses. D’un côté les médias méprisent ce que vous pensez et ressentez et de l’autre, une femme souriante vous dit gentiment que tout ça est normal, vous êtes juste à droite, très à droite. Que faites-vous ?

Bien sûr vous êtes tenté par la réassurance d’une identité. De faire partie de ceux qui vont vous protéger, ceux qui sont comme vous, qui vous comprennent.

La peur et la colère sont des armes puissantes pour convaincre et les politiciens l’ont compris depuis longtemps.

Par ailleurs, deux émotions forment une balance pour réguler nos interactions sociales, notre place ou notre statut : la honte et le mépris. Celui qui est en haut du balancier exprime du mépris pour rester en position haute et celui qui est en bas ressent de la honte qui le paralyse.

La honte est une émotion fondamentale qui permet de réguler les comportements déviants par rapport au groupe.  C’est une émotion insupportable et nous cherchons tous à l’éviter. A n’importe quel prix. Elle va créer un mouvement vers la norme et créer un besoin d’identité fort par rapport au groupe. Elle joue un rôle dominant dans la psychologie des votants nationalistes.

Il est fondamental de comprendre que le mépris renforce la honte.

Au lendemain des élections un français américain a été interviewé par une journaliste française et il a expliqué qu’il a voté Trump en réaction à la menace terroriste et au manque de réaction des politiques. A la fin de l’entretien la journaliste a insinué qu’il était bourré et fatigué parce qu’il répétait les noms de villes Bretonnes. L’émotion est là. Le mépris.

Et ce mépris renforce les idées nationalistes. Il les cristallise.

La psychologie de la compassion nous aide à comprendre et à sortir de la critique et de la honte pour aller vers la responsabilité.

La compassion est un processus motivationnel qui permet de développer des aptitudes à penser, affronter et soulager les souffrances (des autres ou de soi).

La peur, la colère et les stigmatisations font partie de l’être humain. Il est toujours plus facile de juger que de réfléchir en profondeur et nous tombons tous dans ce piège. En situation de menace, nous cherchons le soutien et la compassion dans notre groupe proche et nous perdons toute compassion pour les autres. Ils ne sont plus des humains comme nous mais des ennemis.

Sortir du mépris c’est traiter les nationalistes avec un sens des responsabilités. Un dialogue sérieux et suffisamment posé est nécessaire pour pouvoir entendre et reconnaitre la souffrance et les besoins qui sont réels. C’est seulement par un dialogue de Compassion que la souffrance de chacun pourra être entendue.

Isabelle Leboeuf est psychologue, psychothérapeute

Elle intègre dans sa pratique libérale l’Hypnose, les Thérapies Cognitives et Comportementales, L’Entretien Motivationnel et les Thérapies Focalisées sur la Compassion. Elle étudie actuellement dans le cadre d’une Thèse en Psychologie les liens entre la Compassion et les Emotions Positives Sociales du point de vue à la fois de la psychopathologie expérimentale et des applications Cliniques.

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