Il y a peu de recherches sur l’effet de l’encombrement des maisons sur la santé mentale mais celles qui existent (Rogers, Hart, 2021) vont dans le sens des médias grand publique et indiquent que l’encombrement subjectif d’une maison est un prédicteur de bien-être.
Le sujet est souvent tabou, et évocateur de culpabilité ou de honte lorsqu’on a le sentiment que notre logement est encombré. Mais c’est en réalité très fréquent et tous les êtres humains ont une tendance à l’accumulation d’objets.
Alors, comment prendre en charge en thérapie des comportements d’accumulation ?
Pour mieux comprendre ces comportements, je vous invite à faire une expérience
Je vous propose un exercice inspiré du travail de Satwant Singh, un infirmier anglais spécialisé dans la prise en charge de comportements d’accumulation. Cet exercice prendra juste quelques minutes et vous permettra de comprendre comment fonctionnent pour vous ces comportements :
Prenez votre sac à main, ou choisissez dans vos affaires personnelles, un objet que vous allez devoir jeter.
Prenez le temps d’observer cet objet:
- Qu’est-ce que cela vous évoque ?
- Quels sont les souvenirs qui vous viennent à l’esprit ?
- Pourquoi cet objet pourrait-il être important pour vous ?
Maintenant, imaginez le jeter:
- Quelle émotion ressentez-vous ?
- Quelles sont vos pensées ?
- Qu’avez-vous envie de faire ?
Finalement, vous êtes libre de garder cet objet ou de la jeter si vous le souhaitez
- Prenez un instant pour résumer ce que vous avez observé
Cet exercice nous permet d’explorer qu’un simple objet anodin peut être associé par conditionnement, à de nombreux souvenirs et émotions. Jeter ce n’est pas juste jeter l’objet, c’est renoncer aux évocations qui lui sont associées. Un peu comme Proust l’illustrait avec ses fameuses madeleines qui ne sont pas juste des madeleines, mais tellement plus.
Jeter un objet peut parfois nécessiter un travail de deuil, nous demander de traverser un sentiment de tristesse ou d’anxiété
On peut également observer que certaines de nos pensées peuvent nous interdire de jeter. Par exemple, on peut penser qu’on en aura bientôt usage. Ou qu’il faut recycler ou donner plutôt que jeter. Ces pensées correspondent à des règles apprises, elles commencent souvent par « il ne faut pas… » ou « tu dois… ». Pour réussir à jeter on a besoin de les assouplir. Par exemple, on peut trier avec plusieurs contenant, un pour jeter, un pour recycler et un pour ce qu’on n’est pas encore prêt à jeter. Et revenir plus tard, trier nos indécisions.
Si l’on a peur de polluer, on peut mettre en perspective, que c’est l’achat qui pollue et qu’un objet qui est néfaste pour l’environnement, l’est également pour notre maison.
On va pouvoir limiter fortement l’accumulation, en commençant par acheter moins, mais des objets plus écologiques ou des objets de meilleure qualité.
L’injonction à jeter peut parfois créer de la résistance. Nous avons besoin de notre libre arbitre. Dire à nos proches de jeter peut se montrer contre-productif, de même pour soi-même. Plutôt que de vouloir jeter absolument, on peut approcher le fait de jeter en douceur, comme une possibilité et être gentil avec nous-même ou nos proches lorsque c’est compliqué.
Tous les êtres humains peuvent avoir tendance à accumuler une vieille paire de lunette, un fond de paquet de pates qui pourrait resservir, garder un objet en double, au cas où le nouveau venait à tomber en panne…
Les comportements d’accumulation, lorsqu’ils sont trop importants, et associés à une difficulté à trier, ranger ou jeter les objets peuvent devenir pathologiques.
Ils sont alors associés à une moindre santé physique et mentale. Ils peuvent impacter l’espace de vie et créer de l’insalubrité. 30% des morts par accident domestiques sont dues à de l’accumulation pathologie (cooke, 2017, cité par Vincent Trybou dans le livre « se libérer de l’accumulation pathologique », un guide pour s’aider soi-même aux éditions Dunod, qui peut vous accompagner pour gérer vos comportements d’accumulation).
Comment faire pour commencer à ranger quand on est encombré ?
Imaginons que votre table de salon est encombrée et que vous n’arrivez pas à vous motiver à la ranger. Peut-être que ce travail qui semble simple demande en réalité plus d’une heure de concentration et d’énergie pour courir aux 4 coins de la maison pour ranger tout ce qui est sur la table.
Pour y arriver, prenez une photo de la table et découpez mentalement la table en plusieurs petits espaces. Et essayez de ne ranger que le carré que vous avez prédéfini. Prenez vos 2 poubelles et un contenant pour les indécisions (qui demanderons plus de temps pour ressentir les émotions associées). Mettez les objets à redistribuer devant la porte de la salle à manger, selon les pièces ou vous allez devoir les ranger et n’arrêtez pas tant que ce carré n’est pas complétement rangé et nettoyé. Si vous êtes interrompu, reprenez simplement l’exercice.
Une fois cette tâche réalisée, reprenez une photo et regardez la différence. Prenez un moment pour savourer l’accomplissement que vous venez de réaliser. Sans encouragements, il n’y a pas de motivation possible. Alors félicitez-vous ! Si vous ressentez l’envie de faire un autre petit carré, vous pouvez, sinon recommencez le lendemain ou un autre jour. Si vous n’avez pas réussi, essayez avec un carré plus petit, ou un espace qui est plus facile pour vous. L’important est de trouver la marche qui sera accessible pour vous, pour créer une routine.
Le plus important n’est pas d’être motivé mais de créer une routine de rangement. C’est cette routine qui aura un effet de désencombrement durable !
Rogers, C. J., & Hart, R. (2021). Home and the extended-self: Exploring associations between clutter and wellbeing. Journal of environmental psychology, 73, 101553.