Cet article correspond à une présentation réalisée au congrès de Nîmes de l’AFTCC, le 26 mai 20. Un exercice de méditation, l’Océan de l’être, a été réalisé pour commencer par faire l’expérience de la transcendance de soi. Vous pouvez le retrouver ICI ainsi que d’autres médiations
Lorsque je suis déprimée, j’ai le sentiment que mon attention se tourne vers l’intérieur, que le monde autour de moi devient terne, sombre et je plonge dans un monde intérieur qui se referme. Le chemin qui me permet d’en sortir est un chemin de reconnexion à ma tristesse. En l’accueillant pleinement, je me réouvre à un sentiment d’amour et d’autocompassion qui m’aide à tourner à nouveau mon attention vers l’extérieur. Ce faisant, mon univers s’élargit et la joie d’être au monde réémerge.
Les recherches montrent que le sentiment de dépassement de soi, de transcendance, d’être connecté à quelque chose de plus grand que nous-même est un facteur de santé mentale et de bien être psychologique.
Peut-être avez-vous remarqué que lorsque vous êtes anxieux, les problèmes des autres vous intéressent moins. A l’inverse, considérer les enjeux que d’autres rencontrent peut vous aider à vous décentrer de vos problèmes et vous sentir mieux.
L’auto-transcendance consiste essentiellement au dépassement de soi (s’élever au-dessus) et à se relier à ce qui est plus grand que soi. En termes plus simples, il s’agit de prendre conscience que l’on est une petite partie d’un tout plus grand.
Ce plus grand qui va nous intéresser dépend de nos valeurs. Que ce soit : les êtres humains en général, la nature, l’univers, la puissance divine, etc. c’est la joie qui nous porte vers ce qui est plus grand que nous qui importe.
Notre capacité à voir au-delà de nous-même est une forme de maturité psychique qui peut nous aider dans nos accomplissements et nous guider vers un sentiment d’épanouissement
À la suite de la naissance de ma fille, j’ai eu beaucoup de difficultés à reprendre la natation. Je n’étais pas motivée et j’éprouvais peu de plaisir dans ma pratique. Je me suis aperçue que lorsque je me disais que je nageais pour ma fille, une énergie différente, bien plus forte venait me porter.
Et vous ? Avez-vous remarqué que votre motivation peut-être plus forte si votre tâche vous semble utile à l’intérêt de votre communauté ? Ou à votre famille ? À vos collègues ? Très souvent la démotivation que nous ressentons dans le travail ou dans nos investissements est liée à la déconnexion d’un sentiment d’être utile aux autres.
La compassion, le fait d’être sensible à la souffrance et d’être motivé à agir pour soulager cette souffrance, est une motivation pro-sociale qui nous porte à nous transcender
En retour, pouvoir sentir que l’on rend la vie de quelqu’un plus facile, créer de la joie. C’est un facteur de santé psychologique et elle favorise des relations harmonieuses. Rendre nos proches heureux, a un effet en retour sur notre propre bonheur. L’autocompassion, prendre soin de soi et libérer notre souffrance va également rendre nos proches plus heureux. C’est ce qu’on appelle l’interdépendance.
Abraham Maslow a théorisé la transcendance de soi comme un besoin qui domine les autres tout en s’appuyant sur nos besoins primaires.
Dans la deuxième version de sa fameuse pyramide, la transcendance de soi est au sommet, suivi de l’accomplissement de soi, de l’estime, de l’amour et de l’appartenance, de la sécurité et des besoins physiologiques à la base.
Selon Maslow : « La transcendance se réfère aux niveaux les plus élevés et les plus inclusifs ou holistiques de la conscience humaine, se comportant et établissant des relations, comme des fins plutôt que des moyens, avec soi-même, avec les autres personnes significatives, avec les êtres humains en général, avec les autres espèces, avec la nature et avec le cosmos »

(Maslow, 1971, p. 269)
Selon Maslow, le dépassement de soi apporte à l’individu ce qu’il appelle des « expériences maximales », au cours desquelles il transcende ses préoccupations personnelles et voit les choses d’un point de vue plus élevé. Ces expériences suscitent souvent des émotions positives fortes telles que la joie, la paix et un sentiment de conscience bien développé (Messerly, 2017).
Reed (1991) définit le dépassement de soi comme « l’expansion des limites du concept de soi de manière multidimensionnelle : vers l’intérieur (par exemple, par des expériences introspectives), vers l’extérieur (par exemple, en tendant la main aux autres) et dans le temps (par l’intégration du passé et de l’avenir dans le présent) ». Elle a ensuite ajouté un autre type d’expansion : l’expansion trans-personnelle, dans laquelle l’individu se connecte « à des dimensions au-delà du monde typiquement perceptible » (Reed, 2003).
La transcendance de soi questionne la spiritualité
Je défini la spiritualité comme : le besoin de donner du sens à ce qui est au-delà des perceptions et abstractions (par exemple la mort, l’inconnaissance…). La spiritualité est indépendante de la religion et peut être laïque
Dans sa dimension trans-personnelle, la spiritualité vient donc questionner la façon dont nous nous relions à l’inconnaissance qui nous entoure. Quel sens donnons-nous à la survenue d’une maladie par exemple. On ne peut pas toujours savoir pourquoi un enfant né avec une maladie génétique et pas un autre. Le sens que l’on va donner à ces événements difficiles va profondément impacter notre façon de les vivre.
Victor Frankl, illustre dans la logothérapie la nécessité de donner du sens aux souffrances grâce au dépassement du soi. Il témoigne que dans les camps de concentration, certains prisonniers ont pu conserver ou développer un sens de soi et trouver ou réaffirmer le but de leur vie pour faire face au désespoir et à la deshumanisation
Lorsqu’il a traversé lui-même cette épreuve, il témoigne qu’avoir pu se connecter mentalement à sa famille, ou soigner les autres personnes du camp de concentration l’a aidé à survire
La spiritualité n’est pas nécessaire au dépassement de soi. Elle peut être utile à des sportifs par exemple. Sri Chinmoy, un guide spirituel, a accompagné des sportifs de haut-niveaux en s’appuyant sur sa compréhension du dépassement de soi. Pour lui :
« Le dépassement de soi nous procure une joie sans limite. Lorsque nous nous transcendons, nous ne sommes pas en compétition avec les autres. Nous ne sommes pas en compétition avec le reste du monde, mais à chaque instant, nous sommes en compétition avec nous-mêmes. Nous ne sommes en concurrence qu’avec nos réalisations antérieures. Et chaque fois que nous dépassons nos réalisations antérieures, nous éprouvons de la joie. »
Les personnes ayant un niveau élevé d’auto-transcendance, sont orientée vers les autres, elles s’appuyent sur des valeurs intrinsèques (la récompense d’une activité est l’activité elle-même). Elles ont des préoccupations morales, c’est-à-dire, une attention plus soutenue à faire ce qui est juste. L’expérience de se transcender, se traduit par des émotions d’élévation comme l’émerveillement, l’extase, la stupéfaction, etc. (Wong, 2017).

Comment se transcender ?
Atteindre les plus hauts sommets du développement humain n’est pas simple mais le chemin est praticable :
- Observez ce qui vous met dans l’état « thêta » (un état de sérénité et d’ouverture) et cultivez ces situations. Personnellement, penser au cosmos, à l’immensité de l’univers ou regarder des images du cosmos créer un sentiment d’émerveillement propice à cultiver un esprit calme et ouvert
- Pratiquez la méditation, ou la pleine conscience. Pratiquer la méditation quelques minutes avec l’aide d’applis et prendre chaque activité de la journée comme si c’était la seule. Quand je suis en entretien de psychothérapie, j’accueille chaque personne comme si c’était la seule de mon agenda. J’essaye d’être concentrée sur ce qui se passe, de rester dans une écoute active et bienveillante
- Faites chaque chose avec amour. Rayonner l’amour, c’est mettre en mouvement une intention positive vers ce que l’on est en train d’accomplir. On peut faire la vaisselle en râlant de ne pas pouvoir faire quelque chose de plus agréable, ou on peut y mettre « du cœur » et l’énergie positive que l’on va mettre dans cette activité va en retour nous être bénéfique
- Développez votre compassion et votre autocompassion en restant sensible à la souffrance qui vous entoure ou à vos émotions et sensations
- Tenez un journal et notez vos émotions. Utilisez ce journal pour cultiver votre autocompassion en relisant ce que vous avez noté comme si c’était le journal d’une bonne amie
- Offrez-vous des espaces de créativité ou de liberté de penser. La natation est pour moi une pratique créative, au sens où je laisse mes pensées libres et je vois émerger des idées nouvelles
- Allez au-devant de la nature
- Effectuez un travail thérapeutique d’écoute et de mise en sens de vos émotions et des épreuves que vous rencontrez. Si besoin, les psychothérapeutes ou les guides d’autothérapie peuvent vous accompagner
Nous sommes tous sur ce chemin, l’important est de s’entraider pour avancer ensemble !
Maslow, A. H. (1971). The farther reaches of human nature. New York, NY, US: Arkana/Penguin Books.
Messerly, J. G. (2017). Summary of Maslow on self-transcendence. Institute for Ethics and Emerging Technologies. Retrieved from https://ieet.org/index.php/IEET2/more/Messerly20170204
Reed, P. (1991). Toward a nursing theory of self transcendence: Deductive reformulation using developmental theories. Advances in Nursing Science, 13, 64-77.
Reed, P. (2003). A nursing theory of self-transcendence. (pp. 145-166). In M.J.Smith & P. Liehr (Eds.), Middle range theory for advanced practice nursing. New York, NY, US: Springer.
Wong, P. T. P. (2017). From Viktor Frankl’s logotherapy to the four defining characteristics of self-transcendence. DrPaulWong.com. Retrieved from http://www.drpaulwong.com/four-defining-characteristics-self-transcendence/
Bonjour ,
Et si une personne est trop tournée vers les autres, qu’elle s’en oublie, à devenir triste , stressé, à ne plus dormir… Quel est le bon chemin ? Je ne parle pas pour moi.. Comment devenir égoïste?
Merci de ce que vous avez fait pour moi. Je suis dans une deuxième psychothérapie, c’est un chemin qui devient agréable. Prenez soin de vous
Emmanuel ________________________________
Bonjour Emmanuel
Merci pour votre message.
Oui, la compassion si elle ne nous inclue pas n’est pas complète.
Vous décrivez un phénomène que l’on appelle souvent de syndrome du sauveur. Il est surtout lié à une perte de limites et d’équilibre émotionnel dans le fait d’aider les autres. Cela peut-être lié à un vécu traumatique.
L’autocompassion peut créer un chemin de re-connexion à soi. De plus en plus de thérapeutes réalisent l’importance d’avoir de l’autocompassion pour pouvoir aider les autres sans s’épuiser.
Ca a été un honneur de cheminer à vos cotés! Je suis heureuse si vous avez trouvé un accompagnement qui vous convient là où vous êtes. Chaleureusement, Isabelle