La compassion sexuelle

Comment vous sentez-vous à l’idée de vous donner du plaisir sexuel ? Et à l’idée d’en parler publiquement ? Vous sentez-vous parfaitement à l’aise pour aborder le sujet ?

Au lycée, j’ai évoqué ce sujet avec 2 amies et leur réaction a été l’outrage. J’osais parler d’un sujet tabou ! Pour être honnête j’aurais oublié cet épisode si elles ne me l’avaient pas rappelé quelques années plus tard et après quelques épisodes de « sex & the city ». Elles en avaient rediscuté entre elles et m’ont remerciée. Avoir eu l’occasion de parler simplement de s’offrir du plaisir sexuel leur a permis de se sentir moins seules et de libérer un sentiment de honte.

L’association entre honte et sexualité est fréquente. Elle peut bien sûre être liée aux agressions sexuelles mais pas seulement, l’orientation sexuelle, le type de pratiques sexuelles, la corporalité sexuelle, les fantasmes, le dépassement du consentement (subi ou acté) mais aussi la fertilité, l’infertilité, un vécu d’interruption de grossesse, la contraception… Tout ce qui est lié au sexe peut être source d’un sentiment d’être inadéquat, impossible à aimer voir même haïssable. La honte est une émotion qui a pour fonction de nous apprendre les normes sociales et nous évite d’être perçu comme différent, inadapté. Mais la brulure de la honte nous laisse avec le sentiment que nos comportements s’ils sont déviants nous rendent mauvais. Elle nous pousse au secret et favorise les ruminations (Slepian, Kirby, Kalokerinos, 2019).

La honte sexuelle est probablement l’expérience de honte la plus largement partagée par les êtres humains. La bonne nouvelle c’est qu’il est possible de réinventer un espace interindividuel sécurisant, dans lequel être, ressentir, créer et prendre du plaisir ; un espace de compassion sexuelle. 

Parce que finalement le sexe n’est rien d’autre qu’une paire de chaussettes. C’est naze comme image, mais tant mieux, allons-y franchement en ajoutant une couleur jaune et un logo de dessin animé. Les chaussettes jaunes, ça peut plaire à certains mais ça ne plaira jamais à tout le monde. Et c’est cool comme ça ! Gardons la joie et le plaisir de mettre les chaussettes qui nous excitent !

Aborder notre sexualité par l’auto-compassion c’est le faire avec l’attitude d’un ami bienveillant (Neff, 2003). C’est être présent à ce qui est douloureux, sans jugement, en essayant de comprendre notre histoire ou celle de notre partenaire. C’est aussi garder à l’esprit que nous ne sommes pas seuls face à ce sentiment. Les réseaux sociaux sont aujourd’hui un formidable outil de témoignage. De nombreuses personnes trouvent le courage de s’exposer en refusant d’être jugé et permettent ainsi à chacun de réaliser qu’il n’est pas seul à ressentir de la gêne ou de la honte. 

Se libérer de la honte c’est aussi affronter notre propre regard, notre propre critique qui nous protège férocement du jugement des autres. Nous sommes parfois tentés de fuir ou de nous cacher ; de dissimuler un ventre, une imperfection. Mais éviter de se voir, ou de se montrer, c’est aussi éviter de s’aimer, ou de se sentir aimé(e). Trouver le courage de sourire au miroir ou au regard de l’autre, c’est prendre le risque de se réconcilier avec soi-même.

L’auto-compassion sexuelle c’est accueillir notre propre souffrance liée à la sexualité. La mettre en perspective de notre histoire. Pourquoi cette main qui se retire est-elle si violemment douloureuse ? J’entends très fréquemment dans mon cabinet de psychothèrapie la douleur du rejet qui se rejoue dans la sexualité. Si l’autre ne me désir pas, est-il encore possible qu’il m’aime ?

J’explique souvent qu’il y a trois sexualités en une. La sexualité du corps, celle du cœur et celle de l’esprit. On peut avoir envie (le cœur) de gâteau au chocolat mais ne plus avoir faim (le corps) et se dire que c’est mauvais pour la santé (l’esprit). De la même manière on peut aimer le sexe mais être fatigué ou être inquiet qu’il y ait des conséquences négatives. Toutes les combinaisons sont possibles ! Écouter et différentier nos trois vécus sexuels et ceux de l’autre peut nous permettre de mieux nous comprendre et mieux accepter une certaine confusion ou ambivalence. Notre esprit est complexe, livré sans mode d’emploi tout comme celui des êtres qui partagent notre sexualité. 

Paul Gilbert définit la compassion comme une sensibilité à la souffrance et une motivation à soulager notre souffrance (l’auto-compassion) ou celle de l’autre. Comment faire face à la honte d’avoir transgressé le consentement de l’autre ? En allant de la honte à la culpabilité et de la culpabilité à la responsabilité. J’ai parfois reçu ce type de témoignage avec une grande émotion, autant par la marque de confiance qui m’était offerte que par le courage d’affronter la honte que j’observais. La honte nous dit que nous sommes le problème. Aller vers la culpabilité c’est réaliser que l’on est plus complexe que nos actes et regarder le problème et ses conséquences en face. Sortir d’une forme de fusion avec nos actes, nous amène à voir que notre comportement est problématique, mais que nous sommes capables d’avoir différents comportements. En mettant le problème au futur plutôt qu’au passé et en passant du constat de déconstruction à la planification et l’action de reconstruction ; nous prenons réellement nos responsabilités. Il ne s’agit pas de nier mais d’affronter avec courage et trouver les réponses adaptées. 

Et si, finalement, la vraie libération sexuelle était la libération d’une parole qui témoigne avec courage et libère l’énergie du désir ?

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