La compassion culturelle

Laissez-moi vous raconter comment j’ai découvert le concept de compassion culturelle en traversant Paris à pied, pendant les grèves, avec Ben Harper…

Vous savez la culture est parfois pensée comme un amas de connaissances, on oublie souvent que c’est en réalité un partage d’expériences, de pensées et d’émotions. C’est l’émergence d’un savoir commun, une résonnance mentale qui crée une partition de musique.

Pensez-vous que la culture définie comme je viens de le faire peut nous soigner ? Nous libérer de nos souffrances, et donc être une forme de compassion ? 
Je m’écarte d’un petit trottoir parisien, sous une légère bruine, les lumières jaunes des réverbères se reflètent sur les flaques, quand cette idée apparait à mon esprit : la compassion culturelle…

Cette histoire que je vais vous raconter illustre la création, l’émergence d’un concept comme quelque chose de partagé, une création commune. On pense souvent que les concepts émergent de façon isolée, qu’ils nous appartiennent, que nous avons une bonne idée. Mais l’histoire des concepts a montré qu’un même concept a pu apparaitre au même moment à différents endroits de la planète alors que la communication n’existait pas comme aujourd’hui et que l’idée n’avait pas encore pu être partagée. Une façon d’interpréter ce phénomène est de dire que les concepts émergent d’une convergence de facteurs historiques, culturels, biologiques, énergiques… De l’accès aux connaissances plus qu’à l’individu qui incarne cette idée. C’est l’alchimie du moment et des interactions entre un individu et son environnement qui la font émerger, qui font émerger les pensées en général.

Alors voilà mon histoire, j’ai eu la chance d’assister à la conférence de Matthieu Villatte, brillant chercheur en psychologie de l’approche « ACT » dite Thérapie d’Acceptation et d’Engagement. Il étudie plus spécifiquement la Théorie des Cadres Relationnels, qui est une science comportementale du langage. Matthieu a présenté au travers d’une approche matérialiste moniste de la spiritualité, un modèle permettant d’intégrer de façon transcendante, différents modèles de thérapie.
Pour traduire, ça signifie qu’il essaye d’expliquer le monde à partir du monde lui-même et s’appuie sur les connaissances scientifiques du comportement langagier pour comprendre la spiritualité (c’est à dire le comportement de l’être humain à donner du sens à ce qui est au-delà de notre capacité à raisonner). La philosophie matérialiste s’oppose à une compréhension du monde par Dieu ou par l’au-delà, mais c’est dans l’approche de Matthieu Villatte, pour mieux comprendre l’élaboration des constructions mentales de ce qui est au-delà de notre connaissance. Au lieu d’invalider ces constructions, cette perspective permet de mieux les appréhender et de dépasser les clivages dogmatiques liés aux institutions qui hiérarchisent leurs croyances aboutissant parfois à des guerres ou à un extrémisme faisant passer les idées avant la réalité de la souffrance des êtres. Ou plus simplement, dans les thérapies, à des conflits de chapelles… 

Bref, fascinée par sa présentation et par l’intérêt personnel que j’y vois, mes travaux sur la compassion et l’amour étant eux même au milieu d’oppositions conceptuelles, je suis allée discuter avec Matthieu Villatte et Ben Harper (ou disons, un jeune homme qui lui ressemble beaucoup, je n’ai pas son autorisation pour partager son nom). La discussion n’en finissant pas, j’ai proposé à « Ben » de faire un bout de chemin et de laisser Matthieu retrouver ses amis (Matthieu est passionnant mais il a aussi une patience d’ange). 

Bref, « Ben » me parle de lui, de son expérience de la thérapie, je suis hypnotisée par sa lucidité et par son vécu de la thérapie. Il est finalement assez rare pour nous psys, d’entendre sans filtre comment un patient a pu vivre sa thérapie.

Je reformule ce que j’ai compris en utilisant la métaphore d’un arbre. Lorsque nous sommes menacés, nos émotions négatives nous resserrent, nous crispent pour nous protéger, comme le tronc de l’arbre qui se durcit pour ne pas être dévoré. Nos émotions positives si on les écoute, nous guident, comme la branche de l’arbre qui ressent la direction dans laquelle elle doit pousser pour aller vers le soleil. « Ben » me répond alors que c’est très culturel, que cette image résonne avec sa culture africaine. 

On se regarde, et l’idée apparait : la compassion culturelle.

Et on l’élabore ensemble. Matthieu a commencé sa présentation en parlant des différentes façons de percevoir les hommes et les femmes au travers des cultures. Je suis souvent embarrassée par le fait que les gens qui luttent contre les stigmatisations énumèrent les biais cognitifs négatifs vis-à-vis d’un sous-groupe. C’est bien sûr nécessaire de prendre conscience de nos biais, mais c’est encore plus important de s’en libérer.

Mais comment ? Et bien, par la compassion culturelle, c’est à dire par la création d’expériences communes dépassant nos biais. Sans effacer nos différences nous pouvons percevoir nos points d’humanité partagée.

Partager l’image universelle d’un arbre comme métaphore interculturelle de nos souffrances…

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