Thérapie Fondée sur la Compassion : être présent à soi

Aider nos patients à cultiver de l’auto-compassion peut les aider à transformer leur relation avec eux-mêmes. Le Dr Chris Irons, psychologue clinicien et spécialiste de la thérapie fondée sur la compassion, participe au développement de cette approche qui aide de plus en plus les patients avec différents types de difficultés psychologiques. Il explique pourquoi apprendre à pratiquer l’auto-compassion implique une force et un courage réels.

« Comment traitez-vous votre meilleur ami ou un être cher ? S’ils ont des difficultés, qu’essayez-vous de faire pour eux ? » Normalement, ces questions sont relativement faciles à répondre pour mes patients. Mais lorsque je leur demande s’ils ont tendance à se traiter avec le même type de soin, de préoccupation et de soutien, ils secouent généralement la tête.

Bien que nous réfléchissions rarement au type de relation que nous entretenons avec nous-mêmes, des études ont montré qu’il existe des différences marquées – que ce soit sur le plan du système immunitaire, de la neurobiologie, de l’estime de soi, de la détresse psychologique ou de la santé mentale – entre ceux qui se traitent avec beaucoup d‘hostilité, d’autocritique et de haine, par rapport à ceux qui entrent en relation avec soutien, compréhension et encouragement. Cette dernière dimension – également appelée auto-compassion – est en train de devenir un domaine d’intérêt clé dans un certain nombre de thérapies, mais en particulier, dans le cadre de la thérapie fondée sur la compassion (TFC).

La compassion est souvent définie comme « une sensibilité à la souffrance de soi et des autres, avec un engagement à la soulager et à limiter son retour ». Une version concise est : le désir d’être utile ou non nuisible. Il y a eu une explosion de recherches montrant les avantages de cultiver et d’avoir des niveaux plus élevés d’auto-compassion. La TFC a été développée par le Professeur Paul Gilbert, initialement pour aider les patients avec des niveaux élevés de honte et d’autocritique. Les données scientifiques concernant cette approche évoluent rapidement en concernent un large éventail de difficultés psychologiques, notamment les traumatismes, les troubles de l’alimentation ou les psychoses.

L’un des aspects clés de la TFC est la reconnaissance du fait que, bien que de cultiver une plus grande auto-compassion soit important et souvent bénéfique, de nombreux patient expriment des blocages. Une grande partie du travail de TFC vise à comprendre, à tolérer et à réduire les peurs, les blocages et les résistances à la compassion. En termes d’auto-compassion, on peut avoir la crainte que cela :

  • Rende plus faible ou vulnérable
  • Rende indulgent ou paresseux
  • Implique un désinvestissement ou un décrochage
  • Signifie que l’on renonce à une exigence critique envers soi-même

Contrairement à ces croyances, l’auto-compassion n’est associée à aucune de ces dimensions. L’auto-compassion – et la compassion plus largement – se basent sur la force et le courage. Elle implique de remarquer et d’aller vers notre souffrance propre – comme faire face à un traumatisme, à des souvenirs de honte ou à des peurs comme dans l’agoraphobie – ce qui n’est ni facile ni faible ni indulgent. Il faut du courage pour s’engager vers notre propre douleur, tout comme il faut parfois du courage pour faire preuve de compassion envers les autres (par exemple, le pompier qui court dans un bâtiment en feu pour sauver quelqu’un).

Tout comme il existe de nombreux itinéraires vers le centre de Londres, il existe de nombreux itinéraires pour aider les patients à développer une relation plus compatissante avec eux-mêmes. Mais comme pour apprendre une nouvelle langue, un nouvel instrument de musique ou un nouveau sport, la motivation et la pratique sont essentielles. Un bon point de départ avec les patients peut être le court exercice suivant :

Demandez-leurs de penser à quelqu’un dans leur vie – un adulte – pour qui ils se sentent concernés ; quelqu’un envers qui ils ont un sentiment de chaleur, de gentillesse ou même d’amour. Invitez votre patient à imaginer parler à cette personne, en utilisant un ton de voix qui montre sa chaleur et son attention envers elle. Demandez-leur d’essayer vraiment d ’« entendre » ce ton de voix dans leur esprit. Maintenant, en conservant ce ton de voix, peuvent-ils rester à cette place et se poser la question suivante : « Quelle petite chose pourrais-je faire aujourd’hui qui impliquerait de me traiter comme si je prenais soin de cette personne? »

Chris Irons

Chris est psychologue clinicien et co-directeur de Balanced Minds. Il travaille avec Paul Gilbert, le fondateur de la TFC, depuis 1999, et s’intéresse aux développements théoriques et cliniques et aux adaptations de la TFC en tant qu’approche psychothérapeutique scientifique. Il est l’un des principaux formateurs et superviseurs de la thérapie fondée sur la compassion. Il a publié de nombreux articles de recherche, chapitres de livres et livres sur la TFC, notamment The Compassionate Mind Workbook et The Compassionate Mind Approach to Difficult Emotions: Using Compassion Focused Therapy qui n’ont pas encore été traduits. Il participera en mai 2021 à un cycle de formations traduites en français: www.lippc2s.fr

Il a également participé à la création d’une application TFC interactive. Pour plus d’informations, visitez :

https://www.apps.psyt.co.uk

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